Dépôts sauvages à Ange Raphaël : un fléau qui défigure Douala

La scène est devenue tristement banale dans plusieurs quartiers de Douala, mais elle choque toujours autant : à Ange Raphaël, un amoncellement de déchets occupe une bonne partie de la voie publique, sur le flanc gauche de la rue jouxtant la clôture du Campus 1 de l’Université de Douala, entre le Carrefour Ange Raphaël et le Carrefour Pendaison. Ces dépôts sauvages bloquent les piétons et menacent directement la santé des riverains. © L.A.

La scène est devenue tristement banale dans plusieurs quartiers de Douala, mais elle choque toujours autant : à Ange Raphaël, un amoncellement de déchets occupe une bonne partie de la voie publique, sur le flanc gauche de la rue jouxtant la clôture du Campus 1 de l’Université de Douala, entre le Carrefour Ange Raphaël et le Carrefour Pendaison. Ces dépôts sauvages bloquent les piétons et menacent directement la santé des riverains.

Plastiques, restes alimentaires, bouteilles, cartons, et même déchets sanitaires : les ordures s’étendent à perte de vue, transformant un espace de passage en véritable décharge à ciel ouvert.

Selon les estimations du MINEPDED (Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable), la ville de Douala produit entre 3 000 et 4 000 tonnes de déchets par jour, un volume qui augmente d’environ 5 % par an sous l’effet de l’urbanisation et de la croissance démographique.

Or, selon plusieurs rapports municipaux et de la société HYSACAM, seuls 40 % à 50 % de ces déchets sont collectés et acheminés vers les centres de traitement. Le reste se retrouve dans la nature : rues, caniveaux, drains et zones marécageuses.

Ce problème n’est pas propre au Cameroun : le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) rappelle que dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, près de 60 % des déchets sont mal gérés faute d’infrastructures adaptées.

Un incivisme qui aggrave les insuffisances du système de gestion

À Ange Raphaël, les habitants justifient ce dépôt sauvage par l’absence de bacs à ordures à proximité. Pourtant, cela ne saurait justifier un tel comportement.

Le boom démographique que connaît Douala accentue la pression : il y a cinq ans encore, la voie était praticable. Aujourd’hui, l’absence de solutions de collecte adaptées transforme l’espace public en dépotoir permanent.

Les conséquences sont multiples :

Risques sanitaires : choléra, infections cutanées, paludisme (les déchets attirent moustiques et rongeurs).

Obstruction des caniveaux, augmentant les risques d’inondation en saison des pluies.

Dégradation de l’image urbaine et perte d’attractivité commerciale.

Des élèves visibles sur les lieux doivent, chaque jour, contourner ces amas d’immondices pour rejoindre leurs écoles : un environnement indigne et dangereux.

Le Cameroun dispose pourtant d’un arsenal juridique clair :

1. Loi n°96/12 du 5 août 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement

Article 21 : « Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d’en assurer ou d’en faire assurer la gestion conforme aux prescriptions environnementales. »

Article 22 : prévoit des sanctions administratives et pénales en cas de pollution ou dépôt anarchique.

2. Décret n°2012/2809/PM du 26 septembre 2012

Fixe les modalités de gestion, de collecte, de transport et d’élimination des déchets solides au Cameroun.

3. Code des Collectivités Territoriales Décentralisées (Loi n°2004/017 du 22 juillet 2004)

Article 31 : les communes sont responsables de l’hygiène et de la salubrité publique, ainsi que de l’enlèvement des déchets ménagers.

4. Code pénal camerounais (Loi n°2016/007 du 12 juillet 2016)

Article 268-1 : sanctionne les personnes qui déversent des déchets dans des espaces non prévus à cet effet (amendes et peines pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement).

Plusieurs pistes sont à explorer pour enrayer ce fléau :

– Installer des bacs à ordures dans chaque quartier, accessibles et vidés régulièrement

– Simplifier la création de micro-entreprises d’enlèvement de déchets, pour encourager une économie locale circulaire

– Renforcer les pouvoirs et moyens financiers des communes pour la gestion des déchets

– Mener des campagnes d’éducation citoyenne

– Appliquer des sanctions réelles contre les auteurs de dépôts sauvages (application du Code pénal + Loi 96/12)

La salubrité urbaine est un droit collectif et une responsabilité partagée. Douala mérite mieux qu’être défigurée par des montagnes de déchets. Seule une coordination active entre autorités municipales, entreprises de collecte et citoyens permettra de restaurer un cadre de vie digne pour tous.

© L.A.

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