Face à une exploitation forestière illégale qui continue de fragiliser le bassin du Congo, l’organisation Field Legality Advisory Group (FLAG) a lancé à Yaoundé la phase d’extension de son projet de renforcement de la collaboration transfrontalière pour lutter contre l’exploitation illégale des ressources forestières. Soutenue par le Bureau américain des Affaires internationales de lutte contre les stupéfiants et d’application de la loi (US-INL), en partenariat avec le World Resources Institute (WRI), cette nouvelle étape intervient dans un contexte préoccupant. Selon le rapport « Financial Secrets of the Forests » publié le 26 mai 2026 par la Financial Transparency Coalition (FTC), le Cameroun perd environ 289 millions de dollars américains par an en raison des flux financiers illicites liés au commerce du bois, soit près de 167 milliards de FCFA.
Depuis quatre ans, FLAG accompagne au Cameroun et en République du Congo les administrations impliquées dans la lutte contre l’exploitation forestière illégale. Les agents des Eaux et Forêts, des Douanes, des Impôts, les magistrats et procureurs ont notamment été formés à l’utilisation d’outils spécialisés tels que l’Open Timber Portal, Global Forest Watch, l’Atlas forestier interactif, e-CITES et le SIGIF II. La deuxième phase du projet a également intégré plusieurs écoles de foresterie et d’environnement, dont l’École de Faune de Garoua, les instituts ISABEE d’Ebolowa et de Bélabo ainsi que le CRESA Forêt-Bois de Yaoundé. Pour Horline Njike Bilogue Mvogo, Secrétaire générale de FLAG, « la phase d’extension de ce projet représente bien plus qu’une prolongation technique : c’est la confirmation que la lutte contre l’exploitation forestière illégale dans le bassin du Congo exige une mobilisation durable et concertée. Les outils technologiques, lorsqu’ils sont pleinement appropriés par les agents et les institutions, constituent de véritables leviers de changement ».
Consolider les acquis face à une déforestation persistante
Prolongé de quatre mois en avril 2026, le projet prévoit désormais des évaluations post-formation, des séances de coaching pour les agents déjà formés et de nouvelles campagnes de sensibilisation dans les écoles spécialisées, avec un accent particulier sur les enseignants. L’atelier organisé au MANSEL Hôtel de Yaoundé a permis de présenter les activités prévues, le calendrier de mise en œuvre et de recueillir les recommandations des administrations partenaires. Cette initiative intervient alors que les données de Global Forest Watch indiquent que le Cameroun a perdu près de 2,4 millions d’hectares de couverture forestière entre 2001 et 2025, dont 1,2 million d’hectares de forêt primaire humide. Le rapport de la FTC révèle par ailleurs que plusieurs entreprises sanctionnées pour infractions forestières ont continué à détenir des titres d’exploitation couvrant plus de 20 700 hectares, illustrant les défis persistants de gouvernance forestière.
Pour FLAG, la réussite de cette phase d’extension repose sur une meilleure coopération entre administrations, institutions de formation et partenaires techniques. L’objectif est de renforcer les capacités nationales de détection, d’enquête et de poursuite des infractions forestières, tout en améliorant la transparence dans la gestion des ressources naturelles. À terme, l’organisation espère contribuer à la réduction de l’exploitation illégale du bois, à la protection du bassin du Congo — deuxième massif forestier tropical du monde après l’Amazonie — et à la préservation des revenus publics indispensables au développement durable du Cameroun.
Boris Ngounou


