Le Cameroun perdrait chaque année près de 289 millions de dollars à cause de flux financiers illicites liés au commerce du bois. C’est cinq fois plus que les estimations officielles. Un nouveau rapport international, publié le 26 mai 2026 par la Coalition pour la Transparence Financière (FTC), accuse l’opacité financière et le maintien de licences forestières accordées à des entreprises sanctionnées.
Le secteur forestier camerounais serait devenu une véritable passoire financière. Selon un rapport publié le 26 mai 2026 par la Coalition pour la Transparence Financière (FTC), les flux financiers illicites liés à la sous-facturation et aux manipulations commerciales dans le bois atteignent environ 289 millions de dollars par an au Cameroun.
Le chiffre est explosif : il représente près de cinq fois les pertes précédemment estimées par les autorités camerounaises, évaluées à seulement 59 millions de dollars. Pour les auteurs du rapport, cette différence traduit l’ampleur des mécanismes opaques qui entourent l’exploitation forestière dans le bassin du Congo.
Le document révèle notamment que plusieurs entreprises déjà sanctionnées pour commerce illégal continuent d’obtenir des licences d’exploitation forestière. Ces sociétés exporteraient ensuite du bois vers des marchés pourtant dotés de réglementations strictes contre le bois illégal, notamment l’Union européenne, la Chine et le Vietnam.
La FTC dénonce surtout l’absence d’informations publiques sur les véritables propriétaires des concessions forestières et des entreprises impliquées. En clair, il demeure presque impossible d’identifier les bénéficiaires finaux des profits issus de la déforestation.
« Le secret financier protège les responsables », résume le rapport. Grâce aux montages juridiques et sociétés écrans, les auteurs estiment que les acteurs impliqués échappent aux sanctions et continuent leurs activités malgré les infractions constatées.
Les conséquences dépassent largement le cadre économique. La perte des forêts tropicales fragilise les communautés locales, réduit les capacités de stockage du carbone et accentue les effets du changement climatique. Le Cameroun figure d’ailleurs parmi les dix pays ayant enregistré les plus fortes pertes de forêts tropicales en 2025.
Face à cette situation, la FTC recommande la création de registres publics des bénéficiaires effectifs des concessions forestières, la publication des sanctions environnementales et une meilleure transparence fiscale dans le secteur du bois.
Pour plusieurs observateurs, ces révélations interviennent à un moment sensible, alors que l’Union européenne prépare l’entrée en vigueur complète de son règlement contre la déforestation importée prévue en décembre 2026.
Boris NGOUNOU


