La place du suivi environnemental dans l’amélioration de la gestion des ressources forestières dans les pays du Bassin du Congo

-La contribution des OSC existantes dans l’amélioration de la gestion durable des ressources naturelles

-La Rareté des initiatives d’évaluation des actions de suivi de la gestion des ressources naturelles par les OSC

– La nécessité d’analyser l’impact des actions des OSC dans un contexte progressif de déforestation dans le Bassin du Congo (GFW, 2025).

Le sujet était au cœur de l’atelier de partage d’expériences et de vulgarisation des résultats du projet « Technologies innovantes pour lutter contre l’exploitation illégale du bois : mise à l’échelle des plateformes d’identification et de transparence du bois », mis en œuvre par le World Resources Institute (WRI), le Field Legality Advisory Group (FLAG), l’Observatoire de la Gouvernance Forestière (OGF) et Brainforest sur la période 2021-2025.

Organisé à Libreville, au Gabon, du 24 au 26 mars 2026, cet atelier a réuni le consortium d’organisations et des journalistes d’investigation spécialisés sur les questions environnementales, venus du Cameroun, du Gabon et de la République démocratique du Congo (RDC). Il a constitué un cadre d’échanges privilégié autour des défis liés à la gouvernance forestière dans la sous-région.

Un baromètre du suivi environnemental en Afrique centrale

Parmi les résultats majeurs présentés au cours de cet atelier figure le rapport Index 2023 du suivi environnemental par les OSC dans le Bassin du Congo. Selon le Dr Daniel Armel Owona Mbarga, assistant technique principal au sein de FLAG, cet index constitue un véritable baromètre des actions de surveillance menées par les organisations de la société civile (OSC) : « l’Index permet d’effectuer un bilan du niveau de mise en œuvre du suivi environnemental par les OSC dans un pays donné et sur une période donnée. Il sert surtout à mesurer l’impact de ces actions afin de mieux orienter les stratégies », explique-t-il.

Le suivi environnemental regroupe l’ensemble des actions menées par les OSC, en complément de celles des administrations, pour identifier les illégalités forestières et les signaler aux autorités compétentes. Ainsi dit, l’évaluation repose sur trois piliers à savoir : le suivi des actions des OSC sur le terrain ; l’environnement de travail des OSC ; l’impact de leurs actions sur la gouvernance forestière. À l’échelle régionale (Cameroun, Gabon, RDC et République du Congo), les résultats révèlent globalement une situation médiane du suivi des ressources forestières.

Des performances en recul malgré un rôle clé des OSC

Le rapport met en évidence une baisse des performances des OSC, notamment dans le suivi de l’application de la loi et la défense des droits des communautés. Cette tendance s’explique par plusieurs facteurs : la rareté des initiatives d’évaluation des actions de suivi, le manque de ressources financières et techniques, la diminution des publications d’analyses, ainsi qu’un accès limité aux données. Pourtant, les OSC jouent un rôle essentiel dans la gestion durable des ressources naturelles, en documentant les illégalités et en contribuant à la transparence du secteur forestier.

Des tendances contrastées selon les pays

L’analyse par pays révèle des dynamiques variées : au Gabon, la situation est globalement favorable, malgré un recul du pilier opérationnel (de 5,09 à 4,92). L’environnement de travail progresse légèrement (4,80), tandis que l’impact sur la gouvernance s’établit à 4,27. En RDC, la tendance générale est à la baisse, avec un recul des piliers opérationnel (5,54 à 5,11) et environnemental (5,25 à 5,17). L’impact sur la gouvernance atteint 4,74. En République du Congo par contre, les scores sont globalement plus élevés, avec un pilier opérationnel à 5,83 et un impact sur la gouvernance à 5,65. Au Cameroun, la situation est marquée par une forte baisse des publications d’analyses (de 6,29 à 4,25).

Un cadre juridique encore contraignant

Malgré la reconnaissance de certains droits, les cadres juridiques restent peu adaptés aux réalités des OSC. Parmi les principales contraintes figurent l’obligation de signer des mémorandums d’entente (MoU) au Cameroun et l’existence de lois jugées obsolètes au Gabon. Ces obstacles limitent l’efficacité des actions de suivi et appellent à des réformes pour mieux accompagner les OSC . Pour Elvya Rashdia AYETEBE NGUEMA, Responsable Adjoint Dpt. Agro-Industries e Gouvernance Foncière au sein de Brainforest, plusieurs actions sont nécessaires : « Il faut créer un observatoire national avec des indicateurs alignés sur l’Indice de performance environnementale (EPI) et les Objectifs de Développement Durable (ODD). Il est également essentiel de publier régulièrement des rapports environnementaux accessibles aux bailleurs et aux citoyens pour renforcer la transparence. Il faut enfin améliorer les capacités locales en formant les administrations municipales et les ONGs à la collecte et l’analyse des données ».

Des capacités limitées et un accès aux données insuffisant

Les OSC font face à un déficit de ressources techniques, financières et matérielles. Les scores sont particulièrement préoccupants en RDC (3,21) et en République du Congo (2,7), et moyens au Cameroun (4,33) et au Gabon (4,38). À cela s’ajoute une faible maîtrise des outils technologiques, notamment l’Open Timber Portal (OTP), pourtant essentiel pour accéder aux données forestières. Au Gabon, seules 20 % des OSC enquêtées déclarent être capables d’utiliser cet outil. Ce déficit de compétences limite l’accès à l’information et réduit l’efficacité des actions de suivi.

Des limites spécifiques dans chaque pays

Au Gabon, les OSC engagées dans le suivi environnemental souffrent surtout d’un manque de structuration et de coordination nationale. Leurs actions restent dépendantes des financements extérieurs, ce qui compromet la continuité des programmes, une fois les projets terminés. De plus, l’accès limité aux données officielles et la centralisation des initiatives dans les zones urbaines au détriment des territoires ruraux qui sont moins couverts réduisent la portée du suivi et fragilise la crédibilité des données produites auprès des bailleurs et des institutions publiques.

Au Cameroun, bien que les OSC soient plus nombreuses et actives sur des thématiques variées (forêts, mines, pollution), leurs initiatives restent fragmentées et peu harmonisées. Le contexte politico-sécuritaire, notamment dans les régions anglophones, complique l’accès à certaines zones, ce qui limite la collecte de données. Par ailleurs, la professionnalisation insuffisante de certaines OSC limite leur reconnaissance institutionnelle et l’intégration de leurs résultats dans les politiques publiques : « De manière comparative, si le Gabon souffre d’un déficit de coordination et de continuité, le Cameroun fait face à une dispersion des efforts et à des contraintes contextuelles qui entravent l’efficacité du suivi environnemental », souligne Elvya Rashdia AYETEBE NGUEMA.

Renforcer le suivi environnemental : un impératif régional

Dans un contexte de déforestation croissante dans le Bassin du Congo, le renforcement du suivi environnemental apparaît indispensable. Cela passe par : la formation des OSC à l’utilisation d’outils numériques comme l’OTP ; l’amélioration de l’accès aux données ; le renforcement des capacités techniques et financières et, la réforme des cadres juridiques.

Les experts recommandent également de renforcer la participation aux mécanismes REDD+ et aux marchés carbones, ainsi que l’utilisation des technologies satellitaires pour améliorer la surveillance forestière.

Malgré les difficultés, le suivi environnemental demeure un levier essentiel pour améliorer la gouvernance forestière, promouvoir la transparence et garantir une gestion durable des ressources naturelles dans la région.

Eliane Marcelle Matsingoum

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