Grand Mbam : plaidoyer pour des initiatives durables pour contrer l’exploitation forestière illégale 

Une conférence de presse tenue le 18 mars dernier à Yaoundé a permis au ReCTrad, à WRI et au CED de remettre sur la table l’impact stratégique du chef traditionnel dans la préservation des couverts forestiers du Mbam-et-Kim et du Mbam-et-Inoubou.

Une conférence de presse tenue le 18 mars dernier à Yaoundé a permis au ReCTrad, à WRI et au CED de remettre sur la table l’impact stratégique du chef traditionnel dans la préservation des couverts forestiers du Mbam-et-Kim et du Mbam-et-Inoubou.

Le Réseau des chefs traditionnels d’Afrique pour la gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes de forêts (ReCTrad) en partenariat avec World Resources Institute (WRI) et le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) ont animé une conférence de presse le 18 mars dernier à Yaoundé. Objectif : alerter l’opinion publique sur la situation alarmante de l’exploitation forestière illégale dans le grand Mbam situé dans la région du Centre au Cameroun. L’enjeu était surtout de susciter une prise de conscience collective et de mobiliser les acteurs clés pour protéger ce patrimoine naturel vital pour l’avenir de la région. Les forêts de cette zone qui jouit d’une richesse écologique et culturelle inestimable, sont ravagées par des réseaux criminels organisés, entraînant des conséquences désastreuses pour l’environnement, l’économie et les communautés locales, a-t-on appris. De l’avis de M. Achille Wankeu, expert forestier au CED, les mauvaises pratiques comme les feux de brousse, l’agriculture itinérante sur brûlis ont aussi été identifiées comme contribuant à la dégradation de la forêt.

Des sites critiques de déforestation

En presque 20 ans, le Mbam-et-Kim a perdu près de 93 000 hectares tandis que le Mbam-et-Inoubou en a perdu 24 654. Ce qui est alarmant. L’axe routier Ntui-Yoko constitue l’épicentre du trafic forestier illégal, avec la mise à contribution des camions pour dissimuler le bois illégal et échapper aux contrôles. Entre 2001 et 2023, des hotspots de dégradation ont été observés à Ngambe-Tikar, Yoko, Mbam-et-Inoubou, Makenene, Ndikinimeki et Mbangassina, soutient Achille Wankeu. Un autre phénomène et non des moindres est le recours aux engins lourds, à travers d’énormes moyens investis et des complicités internes. Le fleuve Mbam est la voie royale pour le marché du sciage, indique le CED. Quant aux principaux points de chute du bois, l’on apprendra qu’il s’agit de scieries qui sont pour la plupart de nationalité vietnamienne quand elles ne sont pas asiatiques, tout simplement. Pour ce qui est des zones de stockage et des itinéraires d’évacuation, le bois est évacué à Yaoundé et Douala en conteneurs.

Ces activités se poursuivent au moment où un atelier d’échanges et de réflexion sur l’amélioration de la chaîne de légalité des produits forestiers ligneux et non-ligneux dans le département du Mbam-et-Kim s’est tenu le 13 juin 2024 à Ntui, pour dénoncer avec la dernière énergie l’exploitation forestière illégale et ses ramifications. Contre toute attente, la conférence de presse a permis de se rendre à l’évidence que les activités forestières illégales se poursuivent, même si ce n’est pas avec la même proportion, selon les organisateurs de l’activité.

Le chef traditionnel, maillon faible ?

L’un des acteurs clés au cœur de l’exploitation forestière illégale dans le grand Mbam est l’autorité traditionnelle, généralement coincé entre le marteau et l’enclume. D’aucuns les qualifient comme étant à la solde des exploitants forestiers. D’autres en revanche sont considérés, de par leurs actions d’éclat sur le terrain, comme des remparts contre les activités illégales. « En tant qu’autorités traditionnelles, nous sommes fortement frappés par la grande dégradation des forêts et des écosystèmes. Et nous constatons qu’au-delà de toutes les richesses qu’on peut avoir en termes de ressources ligneuses et non-ligneuses, aujourd’hui nous pouvons dire que nous n’avons aucune communauté qui se soit développée à partir de l’exploitation forestière », dénonce le président du ReCTrad, S.M. Bruno Mvondo.

Dans son narratif, notre source est d’avis qu’il faut renforcer le concours du chef traditionnel pour que la lutte contre l’exploitation forestière illégale soit un succès sur le terrain. « L’Etat à travers la nouvelle loi forestière nous parle des aires protégées communautaires. Et nous souhaitons davantage que toute autorité traditionnelle, où qu’elle se trouve, qu’on puisse se réunir pour travailler dans la promotion de ces aires protégées. Ce sera le premier pas pour les autorités traditionnelles et nos communautés de contribuer efficacement à la restauration de nos espaces, à la gestion durable de la ressource et surtout à la conservation de notre biodiversité », plaide le président du ReCTrad.

Et si la solution venait de la collaboration entre les autorités traditionnelles, les communautés locales et les pouvoirs publics…

Toujours est-il que l’exploitation illégale des forêts du Mbam est une urgence qui nécessite une action immédiate. « On veut se rassurer que le bois qui sort du Cameroun a une bonne image, parce qu’il faut que ce bois soit exploité là où il a été autorisé. C’est pour cela que nous donnons l’information sur l’espace où les ressources sont exploitées, pour se rassurer que ce bois est exploité de la manière dont les forêts peuvent être renouvelées », déclare le coordonnateur national Cameroun de World Resources Institute (WRI), Duclaire Mbouna. Les chefs traditionnels, en tant que gardiens des forêts, jouent un rôle crucial dans la lutte contre ce fléau. La coopération entre les autorités administratives, les communautés locales et les organisations de la société civile est essentielle. Il est aussi impératif de renforcer l’application de la loi forestière de 2024 et de soutenir les initiatives de développement durable.

Les recommandations faites par les organisateurs de la conférence de presse allaient dans le sens de : renforcer les capacités des chefs traditionnels en matière de gestion forestière durable et de lutte contre l’exploitation illégale ; favoriser une collaboration étroite entre les chefs traditionnels, les autorités gouvernementales, les organisations non gouvernementales et les communautés locales pour une gestion forestière concertée ; mettre en place des mécanismes de transparence et de redevabilité pour lutter contre la corruption dans le secteur forestier ; sensibiliser les communautés locales aux enjeux de la gestion durable des forêts et à leur implication dans la lutte contre l’exploitation illégale et développer des alternatives économiques durables pour les communautés locales afin de réduire leur dépendance à l’exploitation forestière illégale.

KENFACK

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