Homme-faune : 13 000 victimes, 100 éléphants tués… Le Gabon cherche l’équilibre

Dans les provinces du Woleu-Ntem et de l’Ogooué-Ivindo, le conflit entre communautés humaines et faune sauvage, notamment les éléphants, ne cesse de s’intensifier. Appuyées par plusieurs ONG et financées par des partenaires internationaux, des campagnes de sensibilisation ont été menées du 11 mai au 22 juin 2025 pour atténuer les tensions. Objectif : promouvoir des solutions concrètes dans les zones les plus affectées du paysage écologique TRIDOM.

Dans les provinces du Woleu-Ntem et de l’Ogooué-Ivindo, le conflit entre communautés humaines et faune sauvage, notamment les éléphants, ne cesse de s’intensifier. Appuyées par plusieurs ONG et financées par des partenaires internationaux, des campagnes de sensibilisation ont été menées du 11 mai au 22 juin 2025 pour atténuer les tensions. Objectif : promouvoir des solutions concrètes dans les zones les plus affectées du paysage écologique TRIDOM.

Dans les villages voisins des parcs nationaux de Minkébé, Mwagna et Ivindo, les éléphants ne sont plus les géants majestueux que l’on admire de loin. Ils sont devenus, pour beaucoup d’habitants, synonymes de cauchemars agricoles. Cultures piétinées, vivres détruits, et parfois même vies perdues : entre 2016 et 2023, plus de 13 000 personnes ont été affectées par le conflit homme-faune au Gabon, causant la mort de plus de 100 éléphants en représailles, selon les chiffres officiels.

Face à cette situation, les ONG Conservation Justice, SCOOPS-ELABE et Space for Giants, avec l’appui du projet Biodiverse Landscape Fund (BLF) financé par le Royaume-Uni, ont mené une vaste campagne de sensibilisation dans les zones critiques. Les ateliers de restitution, tenus à Oyem le 18 juin et à Makokou le 20 juin, ont permis de cartographier les zones à risque, échanger sur les solutions possibles, et informer les populations rurales sur les moyens de cohabitation.

« L’étude a localisé les zones du TRIDOM les plus exposées, là où les incursions d’éléphants, hérissons, singes ou porcs-épics sont fréquentes », indique Dr Steeve Ngama, chercheur à l’IRAF-CENAREST.

Ces zones ont en commun leur proximité avec les aires protégées, une expansion agricole non planifiée, et une méconnaissance des comportements des pachydermes. Pourtant, comme l’expliquent les experts, l’éléphant est un herbivore strict qui ne cherche pas le conflit.

Pour prévenir les affrontements, les ONG ont présenté plusieurs mesures concrètes :

  • Déploiement de clôtures électriques mobiles (CEM) par Space for Giants ;
  • Création de brigades de chasse spécialisées dans l’atténuation des conflits ;
  • Sensibilisation communautaire et renforcement des capacités locales ;
  • Soutien aux études scientifiques pour mieux comprendre les dynamiques du conflit ;
  • Meilleure planification de l’usage des terres.

« Ces ateliers nous ont permis d’identifier les besoins réels des villages. Il faut étendre les clôtures là où les intrusions sont les plus fréquentes », souligne Hans Ekorezock Ndong, de Space for Giants.

En présence des préfets Brice Moussirou (Woleu-Ntem) et Pachelli Ngawin Mboulou (Ogooué-Ivindo), les populations ont été encouragées à s’approprier les outils mis à disposition. Un accent particulier a été mis sur la sécurité en cas de face-à-face avec un éléphant, pour éviter les drames.

En toile de fond, la Stratégie nationale de gestion du conflit homme-faune (SNGCHF), finalisée en novembre 2024, attend toujours son adoption officielle par le gouvernement. En attendant, ONG, services forestiers et communautés locales tentent de construire un modèle de coexistence plus durable.

Dans un pays où le conflit ne touche que Libreville comme unique exception, la sensibilisation, l’aménagement du territoire et l’implication communautaire deviennent des outils vitaux. Car si l’éléphant est protégé, la survie des paysans l’est tout autant.

Boris Ngounou

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